Waveform d'un morceau sur compressé

La « loudness war » et pourquoi il faut arrêter

On parle souvent de « Loudness War » et de ses méfaits sur la qualité de la musique que l’on écoute. Fondamentalement, quand on parle de loudness dans l’industrie musicale, on parle de la sensation de volume qu’un morceau apporte comparé à un autre titre.

Le volume ressenti est dépendant de deux choses : le média sur lequel vous diffusez votre musique et la façon dont vos oreilles fonctionnent.

Aujourd’hui nous allons parler de ce qu’est techniquement la loudness et avoir la discussion que vous devriez avoir avec vos enfants : À quel moment passe-t-on la frontière de « Death Magnetic » de Metallica ?

Papa, c’est quoi la loudness ?

Le principe même de loudness est simplement de rendre un morceau plus fort sans avoir à toucher le bouton de volume. C’est une pratique initialement issue de la pub. En effet, le cerveau a une fâcheuse tendance à avoir des biais d’écoute assez violents. L’un d’eux est l’effet qui lui fait associer un son plus fort à un son de meilleure qualité. En un mot : plus fort = mieux. Les publicitaires ont donc très vite cherchés à tirer ça à leur avantage en cherchant à rendre leur spot le plus fort possible afin d’attirer l’attention de nos oreilles.

La pratique s’est assez vite répandue dans le monde de la musique avec l’arrivée des playlist. Le principe était exactement le même que pendant un interlude publicitaire : rendre son morceau le plus fort possible pour le faire ressortir dans une playlist.

Les limites du monde digital

Dans le monde digital, le volume sonore est échantillonné sur une échelle allant de « rien » à « pure distortion ». La précision de cette échelle est variable et est mesurée en « bits ». C’est ce truc dont on parle quand on dit « wav 16 bits, 44,1kHz » (pour les puristes, je sais que je simplifie assez grossièrement). En gros, plus cette valeur est élevée, plus vous aurez de précision pour décrire ce qui se passe dans votre son.

À l’intérieur de votre DAW (ProTools, Cubase, Logic…) ça se traduit par une échelle allant de -∞ à 0dbFS (pour 0 decibels Full Scale). Cette limite haute de 0dBFS est la limite au delà de laquelle, votre ordinateur ne va plus rien échantillonner.

Vos oreilles et le volume

Comme je le disais dans l’introduction, la loudness est une question de perception et nos oreilles font une sorte de moyenne du volume perçu. Dans le monde de l’audio, cette moyenne de volume est mesurée en dB RMS (pour Root Mean Square, c’est cadeau). Au contraire, le volume « réel » de votre piste est déterminé par le volume du moment le plus fort, lui est mesuré en dB Peak.

Normalement vous commencez à voir se dessiner un truc : si vous voulez rendre votre morceau fort, il va falloir rapprocher au maximum cette fameuse valeur RMS du 0dbFS Peak… Et c’est la que les choses se gâtent.

En effet, vous réalisez que la loudness est un compromis. Plus vous allez rendre votre morceau fort, plus la différence entre vos sons les plus forts et vos sons les plus faibles va diminuer. Les premiers éléments qui vont se dégrader dans le processus vont évidemment être les percussions et leurs transitoires.

La valeur de ce compromis est représentée par son écart dynamique (Dynamique Range, DR pour les intimes). Le DR est l’écart entre le volume RMS et le volume Peak. Plus le DR va être faible, plus l’écart entre vos sons les plus forts et vos sons les plus faibles va être réduite mais potentiellement, plus votre titre semblera fort.

Loudness et fréquences

Malgré ce que l’on pourrait penser, la loudness n’est pas qu’une question de volume. On à vu que la musique digitale est une « boite fermée » avec un couvercle à 0dBFS. Pour donner une sensation de volume à votre morceau, vous allez devoir contourner le problème en s’adaptant à la façon dont l’oreille perçoit les fréquences.

L’oreille humaine à une plage de sensibilité allant de 20Hz à 20.000Hz, mais elle ne perçoit pas toutes les fréquences de la même façon. En effet elle est principalement conçue pour être sensible là ou la voix résonne, soit entre 1000 et 5000Hz. Au contraire, elle est assez peu sensible aux basses fréquences, vous allez donc devoir les pousser beaucoup plus fort dans votre mix pour qu’elles ressortent.

Sur cette courbe, vous pouvez également voir que l’équilibre de votre audition change avec le volume, plus vous écoutez fort, plus le bas va avoir tendance à ressortir. C’est quelque chose que vous devez prendre en compte lorsque vous mixez en prenant soin d’avoir un volume de référence constant (voir le blog : comment écouter).

Des outils pour y voir plus clair

Pour vous aider à mesurer le volume auquel votre morceau va être ressenti, il existe un outil poétiquement nommé LKFS (« Loudness, K-weighted, relative to full scale » ou LUFS).

Le LUFS est une mesure similaire au RMS mais avec l’oreille humaine prise en considération. Un morceau avec beaucoup d’informations dans les 1000-5000Hz aura une valeur LUFS plus forte que un morceau avec beaucoup d’infos dans le 50-200Hz.

Pour résumer, LUFS représente ce que votre oreille ressent alors que RMS représente ce que votre ordinateur ressent.

Nos amis chez Mastering The Mix ont d’ailleurs développé un super outil pour vous aider à y voir plus clair sur vos mesures de loudness.

Le streaming, vers la fin de la loudness war ?

Avec l’arrivée des du streaming, la façon d’écouter de la musique à radicalement changé. La Audio Engineering Society a donc proposé l’idée de la normalisation de la loudness. L’idée est relativement simple, puisque tous les morceaux sont lus à travers le même moteur audio, pourquoi ne pas trouver un moyen de jouer tous les titres au même volume ? Les morceaux les plus forts verraient leur volumes baissés pour être joués au même volume que n’importe quel autre morceau de la plateforme.

Le fonctionnement est très simple : l’algorithme mesure la valeur LUFS moyenne du titre (LUFS int.) et baisse le volume jusqu’à atteindre les standards de la plateforme. Le site Loudness Penalty est d’ailleurs un outil précieux pour savoir comment va se comporter votre mix sur les plateformes de streaming

De cette façon, les créateurs de musique n’ont plus besoin de se demander si leurs morceaux seront compétitifs et peuvent se concentrer exclusivement sur l’artistique.

Quel volume viser ?

Maintenant que vous savez tout ça, vous vous demandez probablement quel volume viser pour vos master ?

La réponse dépend clairement du contexte et je vous conseille de préparer deux versions :

  • Une version « compétitive » qui vous sera utile dans un environnement où votre titre va être joué et comparé dans une playlist qui n’aura pas été normalisée. Ce petit extra de volume peut l’aider à se démarquer du lot à condition d’être fait correctement et donc, de ne pas détruire complètement votre mix.
  • Une version plus agréable qui vous servira le reste du temps (CD, streaming…). En effet, dans ces conditions, soit votre morceau sera normalisé avant d’être écouté, soit vous aurez déjà l’attention de votre auditeur. Dans ce cas, ne cherchez pas à pousser le volume plus fort que nécessaire.

Comment optimiser la loudness ?

On arrive au chapitre que vous attendiez tous : comment je rends quand même mon morceau fort sans trop le casser ?

  • Prenez le temps de bien ajuster le volume de vos tracks de référence avant de comparer votre mix pour éviter le biais « plus fort = meilleur »
  • Ne violentez pas le compresseur de votre master fader, prenez le temps de gérer la dynamique de vos éléments séparés pendant le mix. Je vous ai écrit un petit billet pour vous en dire plus sur la compression ici.
  • Soignez votre haut médium et n’hésitez pas à le mettre légèrement en avant. Comme je le disais précédemment c’est la partie la plus sensible de l’audition, à volume égal, votre oreille percevra ces fréquences plus fortes. Attention cependant à ne pas rendre votre mix agressif et fatiguant !
  • Pour la même raison, faites de la place dans votre bas et hiérarchisez les informations. Votre bas sonnera plus percutant si il est clair et a de l’espace pour s’exprimer.
  • Compressez le bas de votre basse en la side-chainant sur le kick. De cette façon, à chaque coup de grosse caisse, le bas de la basse laissera de la place au bas du kick pour donner une sensation de puissance.
  • Utilisez un bon limiteur ! C’est le dernier élément de votre chaine, ne le négligez pas. J’utilise le Fab Filter Pro-L2 la majorité du temps.
  • Utilisez de bons outils de mesure qui vous donnent à la fois la mesure Peak et la mesure LUFS.

En espérant que ce billet vous aura permis d’y voir plus clair dans ce monde impitoyable qu’est la loudness. Bon mixe.